Choisir un saxophone
Quand Adolphe Sax, belge de son état, créa son premier… saxophone, il pensait sincèrement faire fortune à Paris avec son invention. Pourtant, à deux reprises, il fit faillite, bien aidé en cela par ses petits camarades fabricants français qui n’appréciaient guère cette concurrence venue du nord. A sa mort, en 1894, son fils tentera bien de relancer l’affaire mais il devra se résoudre à la vendre, en 1928, à un certain Henri Selmer qui lui, bénéficiera à plein de l’essor du jazz naissant, assurant ainsi au saxophone le succès qu’on lui connaît aujourd’hui.
Au sein d’un orchestre, en quatuor ou en soliste, le saxophone reste un instrument adapté à pratiquement tous les styles de musique, même s’il demeure très marqué jazz. Evidemment, le monde du classique l’ignore quelque peu, non par snobisme mais parce que la plupart des pièces du répertoire a été écrite avant l’extraordinaire invention d’Adolphe Sax. Il n'en possède pas moins un répertoire particulièrement étendu qui devrait satisfaire les musiciens les plus exigeants.
Par ailleurs, vous noterez que son principe de fonctionnement étant fort proche des instruments à vent classés dans les bois (un corps percé de trous), le saxophone reste, aujourd’hui encore, répertorié dans la catégorie des bois et non des cuivres en dépit de son matériau de fabrication.
Le saxophone alto ne nécessite pas d'efforts physiques démesurés, ce qui en facilite l’accès au débutant qui pourra rapidement en tirer un son satisfaisant, ce qui n’est pas forcément le cas des autres instruments à vent. Sans compter que sa technique de jeu, assez proche de celle de la clarinette, permet de passer sans difficultés majeures d’un instrument à l’autre. De la même façon, sachez que tous les saxophones présentent les mêmes doigtés et qu'il devient aisé de changer de modèle sans remettre en question ses acquis.
Quel type de saxophone choisir ?
Comme la plupart des instruments à vent, le saxophone a été décliné et même si l’alto en Mi bémol prédomine largement, les autres modèles ne manquent pas d’intérêt. Evidemment, sur les quatorze formats qu'Adolphe Sax avait imaginés, ne reste plus aujourd’hui, en utilisation courante, qu’une petite moitié. Largement de quoi couvrir tous les besoins, que ce soit en musiques militaires (à laquelle l’instrument était initialement destiné), orchestrales ou, bien sûr, jazz, qui sut lui apporter ses véritables lettres de noblesse.
Le saxophone soprano (en Si bémol) existe en deux versions, courbe à l’image de l’alto dont il serait en quelque sorte le modèle réduit, ou droit ; ce dernier demeurant le plus répandu aujourd’hui. Il produit un son puissant, clair, mais se montre difficile à maîtriser pour le néophyte, surtout en termes de justesse sans compter qu’il réclame une certaine force physique. S’il ressemble à une clarinette, il s’en distingue par sa fabrication en métal bien sûr, mais surtout par son timbre, plus perçant, moins chaleureux.
Le sopranino (en Mi bémol) présente de fortes similitudes avec le soprano droit, mais avec des dimensions plus réduites. Un instrument rare, à l’évidence réservé aux professionnels.
De l’autre côté de l’échelle, les saxophones baryton, basse et contrebasse connaissent une diffusion confidentielle, et restent également destinés aux musiciens avertis.
Enfin, on trouve les saxophones alto et ténor, ce dernier aux sonorités plus graves grâce à des dimensions plus amples ce qui l’interdit de facto aux enfants, qui demeurent les plus joués dans tous les styles de musique. Si l’on trouve ici ou là quelques versions droites, c’est évidemment le saxophone alto à la forme courbe que l’on connaît principalement et qui intéressera le débutant.
Contrairement à la plupart des instruments de musique, la gamme des saxophones disponibles sur le marché n'est pas forcément découpée en catégories débutant, avancé et professionnel mais souvent en instruments d’étude, typés jazz ou typés classique. Ce qui n’interdit pas, d’ailleurs, d’utiliser un modèle jazz pour interpréter du classique et inversement ! Des catégories qui fluctuent forcément d’une marque à l’autre, mais qui donnent une idée de la qualité générale de l’instrument, de ses caractéristiques techniques et, bien sûr, de son prix.
Le débutant
Avant toute chose, et si cela n'est pas déjà fait, prenez soin de lire attentivement notre guide
Débuter un instrument à vent qui saura vous apporter de nombreuses réponses aux questions que vous vous posez. Vous y trouverez également de précieux conseils sur l'achat pour un enfant, la définition d'un budget raisonnable, la nécessité de prendre des cours ou non, etc.
Quel budget ?
Pour votre saxophone d'étude, il semble judicieux d'investir entre cinq cent cinquante et mille euros au maximum. D’abord, et c’est cruel de l'affirmer ainsi, il y a fort peu de probabilités que vous goûtiez la différence ! De surcroît, comprenez que ce n’est qu’après de longs mois d’apprentissage que vous serez en mesure de choisir un instrument qui convient parfaitement à votre jeu, à votre technique, à votre style de musique. Il sera alors bien temps d’investir dans un modèle plus sérieux.
Le saxophoniste confirmé
Si vous avez dépassé le stade du débutant et souhaitez vous offrir un deuxième saxophone après de nombreux mois ou années d’étude assidue, prenez en compte votre expérience. Essayez toutes sortes de modèles différents, des matériaux et des finitions variés, des becs diversifiés, en tâchant d’oublier les habitudes issues de votre saxophone précédent.
Comme toujours, privilégiez le confort de jeu mais cette fois, prêtez une attention plus grande aux aspects techniques de l’instrument ; la nécessité d’une embouchure adaptée à votre morphologie, un son davantage conforme à vos goûts musicaux, un clétage hautement performant. A la recherche du saxophone de vos rêves, vous saurez tirer profit de ces quelques rappels techniques et autres bons conseils.
Le bocal
Elément extrêmement important du saxophone, le bocal se situe entre le bec et le corps de l’instrument ; il se montre largement déterminant pour le son obtenu et sa justesse. A noter qu’à l’image du bec, il peut être remplacé par un modèle de qualité supérieure pour un prix relativement modique. Ce qui exige néanmoins une vraie compétence pour que ce nouveau bocal se montre en parfaite adéquation avec le corps de l’instrument. Sans compter qu’il faudra peut-être envisager l’acquisition d’un nouveau bec. A cet égard, certains modèles de saxophone sont vendus avec deux bocaux, offrant ainsi une palette sonore plus étendue car si sa perce modifie le résultat obtenu, il en est de même de sa finition.
Le clétage
Sous ce vocable, on réunit toute la « tringlerie » de l’instrument : clefs, tringles, ressorts, bref toutes les pièces mécaniques et mobiles de l’instrument. Avec une déclinaison de perfectionnements plus ou moins aboutis qu’on ne trouve pas forcément sur les modèles d’étude mais sur lesquels le débutant ne devrait pas se focaliser : clef d’octave automatique, bascules…
Les parties métalliques de l’instrument, souvent mobiles, et leur montage, sont relativement déterminants puisqu'on trouve, dans un saxophone, jusqu'à deux cents pièces, ce qui en fait un instrument à l’aspect complexe. Il est vrai que le clétage avec ses innombrables tringles, ressorts et tampons a de quoi inquiéter alors qu’il ne s’agit, finalement, que de boucher les trous percés dans le corps de l’instrument, trop nombreux pour que les seuls doigts du musicien les obturent directement. Ainsi, avec seulement neuf doigts , le saxophoniste peut-il activer plus de vingt clefs !
Par ailleurs, prêtez une attention soutenue au réglage de ces clefs : trop dures, elles vous épuiseraient ; trop molles, vous perdriez en précision par manque de réactivité à votre jeu. De la même façon, elles ne doivent pas être placées ni trop haut ni trop près du corps, toujours pour les mêmes raisons. En sachant qu’un atelier digne de ce nom saura, le cas échéant, pallier ce genre de soucis.
L'embouchure, ou bec
L’embouchure, ou si vous préférez le bec, produit le son et porte l’anche comme la ligature qui fixe cette dernière. Ce bec étant le plus souvent en ébonite (comme les téléphones de nos grands-mères), rarement en d’autres matériaux même si on trouve ici ou là des modèles en métal, en verre et même en ivoire. Evidemment, les saxophones d’entrée de gamme peuvent quelquefois comporter un bec en plastique.
Il existe toutes sortes de becs qui se distinguent principalement par leur dimension (longueur de la table) et leur ouverture (hauteur de flèche de l'anche); ce qui conduira à un choix différent d’anche puisque plus le bec présente une grande ouverture, plus l’anche devra être souple ; la réciproque vaut également avec une anche dure sur un bec plus fermé. Un choix de bec qui réclame une longue pratique et une connaissance approfondie de l’instrument. D’autant qu’il s’agit de goût, d’habitude, de confort, autant d’éléments éminemment subjectifs tout comme la forme de vos lèvres et de vos dents qui devront entrer en ligne de compte.
Il n’est donc pas forcément simple de choisir le bec idéal même si le débutant aura tout intérêt à ne pas se singulariser et à opter pour un modèle standard qui n’exige ni puissance ni techniques particulières; de préférence, un bec relativement fermé qui facilitera le jeu et occasionnera moins de problème de justesse. Par ailleurs, comme pour l’instrument lui-même, si vous veniez à changer de bec, ne surdimensionnez pas votre achat et gardez-vous d’un modèle que vous ne sauriez maîtriser.
Cela dit, les saxophones d’étude ne comportent pas forcément un bec de très bonne qualité et s’il est une pièce à changer relativement rapidement, en fonction de vos moyens budgétaires, c’est bien cette embouchure qui, adaptée à votre morphologie d’une part et à votre technique de jeu d’autre part, améliorera sensiblement et votre confort et vos résultats sonores.
Comme il existe de fortes probabilités que vous démarriez le saxophone avec un professeur, et si d’aventure vous souhaitiez changer de bec, faites-lui évidemment confiance dans ce qu’il vous préconise. Ce n’est qu’après une pratique plus ou moins longue que vous serez apte à choisir vous-même le modèle parfait pour la conformation de votre bouche et votre style de musique.
L'anche
Comme chacun sait, c’est l’anche qui, en vibrant, modifie la colonne d’air qui circule dans le conduit du saxophone. C’est dire son importance dans la qualité finale du son émis par l’instrument ! Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, époque de son industrialisation, chaque musicien taillait lui-même ses anches, à la main, avec un résultat plus ou moins probant selon son habileté. Curieusement, depuis la nuit des temps, c’est toujours le même matériau qui est utilisé, un roseau typique des régions méditerranéennes, qu’on connaît sous l’appellation « canne de Provence » ou, plus scientifiquement, arundo donax.
L’anche est donc une lame de roseau de canne, coupée très fine, qui sous l’action du souffle du musicien, entre en vibration et produit le son. Les anches existent en différentes duretés, généralement échelonnées entre 1 et 5 ; en comprenant qu’une anche plus souple se montre plus facile à faire vibrer mais offre une qualité sonore moindre notamment dans le registre aigu de l’instrument. Ce qui en langage pratique signifie qu’une anche de 3 ou de 3,5 (médium) conviendra dans la plupart des cas. Matériau éminemment naturel, le roseau s’usera plus ou moins vite selon votre façon de jouer mais surtout de son entretien. Avec une durée de vie de 20 à 30 heures en moyenne.
Une anche fixée au bec du saxophone par une ligature qui est tout simplement un cerclage métallique, généralement de maillechort, argenté ou nickelé.
Les tampons
Les tampons qui bouchent les trous du saxophone via les clefs, sont généralement en carton et en feutre recouverts de baudruche, mais on en trouve également en cuir, en liège, et même en Goretex, selon la qualité de l’instrument ; et surtout en fonction du prix ! A noter que les tampons de saxophone comportent le plus souvent un résonateur en métal (parfois en plastique) en leur centre, induisant ainsi un timbre plus clair d’une part, et une plus grande amplitude sonore d’autre part.
De toute façon, même si cela varie avec le nombre d’heures de pratique, ces tampons devront être changés tous les deux ou trois ans car, usés, ils n’assureront plus l’étanchéité nécessaire.
Les tampons en liège se montrent idéaux si ce n’est qu’ils présentent une légère faiblesse à l’humidité. Une humidité qui détendra immanquablement leur revêtement , diminuant alors leur étanchéité. Quoiqu'il en soit, le saxophone n'aime guère l'eau en général, qu'elle provienne du milieu ambiant ou de vous-même, et nécessite un nettoyage, même sommaire, après chaque séance.
Métal et finitions
Les meilleurs pédagogues en sont encore à se déchirer sur les bienfaits de tel métal, de telle finition, par rapport à d’autres. Aussi semble-t-il difficile de trancher, surtout pour un néophyte principalement soucieux de ne pas dépasser son budget ; d’autant qu’il n’est pas sûr, loin s’en faut, qu’il goûte la différence d’une finition à une autre. Donc laqué, verni, argenté, brossé ou encore "passivé", cela ne devrait pas concerner le débutant. Même s'il semble acquis qu’une finition argentée offre moins de brillance au son qu'une finition vernie.
Certaines finitions sont par ailleurs plus fragiles que d'autres, ou plus sensibles à la corrosion, à l'humidité, etc. Sachez qu'une finition argentée est généralement plus résistante, et qu'elle est à privilégier si vous habitez sous un climat tropical, ou encore si votre tra,spiration est particulièrement acide.
Pour votre culture générale, sachez aussi que le laiton, brut, répand une odeur désagréable d'une part et qu'il se ternit rapidement d'autre part. C'est pourquoi il est recouvert d'une laque ou d'un verni.
Quant au métal utilisé, les modèles d’entrée de gamme sont systématiquement en laiton, les red et gold brass et autres silver se voyant plutôt réservés aux amateurs avertis en raison d’un prix plus élevé. Cela dit, sachez qu’il existe également des instruments où toutes les pièces ne sont pas du même métal, ce qui en complique d’autant le choix.